L'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) a reconnu depuis de nombreuses années que la lutte pour l'élimination de la torture et des autres formes de violence ne peut être considérée de façon purement juridique, administrative ou judiciaire, indépendamment du contexte socio-économique.
En 1989, dans le cadre de la première réunion d'évaluation du Programme des Nations Unies pour les pays les moins avancés, l'OMCT a publié un rapport qui traitait de la corrélation entre les performances socio-économiques mauvaises et les violations flagrantes des droits civils et politiques.
En 1991, l'Assemblée Générale de l'OMCT tenue à Manille, a décidé de porter une attention particulière aux considérations socio-économiques dans sa lutte contre la torture, les exécutions sommaires, les disparitions forcées et les autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants. Ainsi, dans les années 1990, l'OMCT a continué à effectuer des recherches sur ce sujet et à organiser des séminaires relatifs aux politiques économiques et à la prévention de la torture aux Philippines, en Inde, au Kenya et au Burkina Faso. Ces réflexions ont également influencé le travail de l'OMCT sur les femmes et les enfants, dans la mesure où ceux-ci sont plus directement touchés par les inégalités socio-économiques.
Sur la base de ce travail, en 2000, le Conseil de l'OMCT a établi un programme complet pour se concentrer sur les dimensions socio-économiques de la torture, les détentions arbitraires, les exécutions sommaires, les disparitions forcées et les autres formes de mauvais-traitements. Ce programme a rejoint d'autres projets de l'OMCT traitant de la violence à l'encontre des femmes, des enfants et des défenseurs des droits de l'homme. Des rapports et des documents préparés dans le cadre de ces activités sont disponibles dans la bibliothèque.
En Août 2003, l'OMCT a lancé un projet de recherche international visant à analyser les dimensions socio-économiques de la violence, y compris de la torture. Il fut accompli au sein des activités du programme du Réseau Universitaire International de Genève (RUG) et avec le soutient financier du RUG, de l'Organisation Inter-églises de Coopération au Développement (ICCO), de la Fondation des Droits de l'Homme au Travail et de la Direction Suisse du Développement et de la Coopération (DDC).
Ce projet a débouché sur l'étude interdisciplinaire "Combattre les causes profondes de la Torture: Pauvreté, Inégalité et Violence". Cette étude a été revue de manière critique par la Conférence Internationale "Pauvreté, Inégalité et Violence : Existe-t-il une réponse au niveau des droits de l'homme ?" qui a eu lieu à Genève du 4 au 6 Octobre 2005.
L’étude interdisciplinaire a suscité de nombreuses réactions positives. Mme Louise Arbour, par exemple, en tant que Haut Commissaire aux Droits de l’Homme a déclaré dans la préface de l’étude que:
«C’est un plaisir pour moi de faire ces remarques préliminaires au sujet des problèmes posés dans l’étude : comment prévenir et réduire la violence, y compris la torture, en agissant sur les causes profondes, souvent observées dans les violations des droits économiques, sociaux et culturels ? La question fait partie du cœur de la protection des droits de l’homme. En considérant la violence et la torture dans le contexte des inégalités socio-économique et de la pauvreté, l’étude montre avec force que les droits de peuvent pas être considérés de manière séparée ou sous forme de catégories tels que les droits civiles et politique ou économiques, sociaux et culturels. La recherche empirique contenue dans l’étude donne des exemples du type d’analyse nécessaire afin d’illustrer la manière concrète dans laquelle la jouissance d’un droit dépend de la réalisation d’autres droits, en montrant comment les différentes formes de privation de droits se complètent et se renforcent les unes et les autres, rendant les personnes sociologiquement et économiquement marginalisées particulièrement vulnérables à la violence […]»
De plus, Mme Heudemarie Wieczorek-Zeul, la ministre fédérale allemande pour la coopération économique et le développement, a exprimé au cours d’un discours au IXème Symposium International sur la Torture : Providing Reparation and Treatment, Provinding Impunity, à Berlin le 9 décembre 2006:
«En septembre 2006, l’Organisation Mondiale contre la Torture a publié une étude sur les causes profondes de la torture. Celle-ci a fait plus que démontrer l'étroitesse du lien existant entre la discrimination à l'encontre des pauvres et les violations de la dignité humaine telle que la torture : les causes profondes de la torture ne découlent pas seulement de la violence et la guerre mais également la pauvreté et les inégalités sociales – et cerner ces causes est au cœur de notre coopération pour le développement.»
Sur la base des résultats de l'étude interdisciplinaire, des conclusions et des recommandations de la Conférence Internationale, l'OMCT a développé le projet "Prévenir la torture et les autres formes de violence en agissant sur les causes économiques, sociales et culturelles profondes". Ce site internet et cette bibliothèque fournissent de plus amples informations concernant ce projet.