
9 décembre 2015, Kaboul (Afghanistan) – Hassan Ali Faiz considère que ses actions visent à empêcher que les multiples guerres qui déchirent la planète ne mènent à la disparition de l’humanité. La satisfaction que lui procure son travail ne découle pas des succès qu’il parvient à arracher, mais de la profonde conviction qu'il fait ce qu’il faut pour le bien de son peuple.
« Je parle toujours de travail à double salaire, » déclare-t-il. « On est payé en argent et en bons points d’altruisme. »
Il faut dire qu’il œuvre en faveur de la promotion des droits de l’homme en Afghanistan, dans un contexte complexe et fluide, marqué par des conflits et une instabilité chroniques qui ont laissé l’économie et les infrastructures en ruine. Hassan Ali reste cependant fixé sur son objectif, convaincu qu’il peut contribuer au changement en faisant en sorte de réduire le nombre de cas de torture et de mauvais traitements.
Vu de l’extérieur au moins, il semblerait que la situation empire dans ce pays montagneux et enclavé. Après le régime islamique rigoriste des Taliban, une guerre civile sanglante, l’invasion du pays mené par les États-Unis en 2001, la fin officielle de la mission d’assistance à la sécurité de l’OTAN en décembre 2014, les Taliban sont de retour avec des partisans de plus en plus nombreux de l’organisation autoproclamée État islamique. Tous ces événements menacent le processus de paix relancé par le Gouvernement afghan.
L’impasse des élections présidentielles de juin 2014 qui a débouché sur un partage du pouvoir, ajouté à la pression croissante exercée par les insurgés talibans, crée une grande incertitude politique qui s’accompagne d’une régression en matière de respect des droits de l'homme sur l'ensemble du territoire. L’organisation Human Rights Watch a fait état d’exactions commises par les forces de sécurité et demeurées impunies, de menaces sur les droits des femmes et sur la liberté d’expression et d’attaques aveugles contre des civils.
Selon le rapport du Groupe des droits de l’homme de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) publié en février 2015, si le Gouvernement afghan a ratifié la Convention contre la torture en juin 1987 et condamne à 15 ans de prison les agents de la fonction publique qui recourent à la torture afin d’obtenir des aveux, ces actes ainsi que les traitements cruels, inhumains ou dégradants sont une pratique courante lors des interrogatoires menés dans tous les centres de détention gouvernementaux du pays. Le rapport indique que sur les 635 personnes placées en détention dans le cadre du conflit, 326 ont été torturées ; il signale également que l’ensemble de ces détenus subit des traitements inhumains. L’Afghanistan, qui devrait dans les prochains mois présenter son dernier rapport sur la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies contre la torture, dément tout recours à la torture dans ses centres de détention.
Hassan Ali, 34 ans, titulaire d’un master en études islamiques, travaille dans le domaine des droits fondamentaux depuis plus de dix ans. Il publie des rapports et des travaux de recherche sur les droits de l’homme et les droits des femmes, en sa qualité de chercheur principal auprès du Civil Society and Human Rights Network (CSHRN), une organisation qui regroupe 138 membres et vise à promouvoir l’expression collective des acteurs de la société civile et des droits fondamentaux dans le pays.
Il contribue également son expérience personnelle du fonctionnement de l'État dans ses travaux, ayant été, de 2010 à 2013, chef du Groupe des droits de l’homme du ministère de la Justice afghan avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Il se plaint parfois de la lenteur extrême des progrès qu'il accomplit du fait de l’absence de coopération de la part du Gouvernement. Cela dit, les raisons pour continuer à avancer sont vitales.
« La torture induit une culture de la peur chez les afghans et porte ainsi atteinte à de nombreux droits, tels que la liberté d'expression, » dit-il. « Le coût de torture pour la société est financier, social et spirituel. ».
Fondé en 2004, dans les suite de l’effondrement du régime taliban en 2001, le CSHRN se veut le gendarme des droits de l’homme en s’efforçant également d’établir un dialogue avec l’État pour peser sur sa politique et de « parvenir à créer une société fondée sur la démocratie et sur l'État de droit en conformité avec les droits de l’homme pour tous les afghans, sans distinction de genre. » (Document stratégique du CSHRN, mars 2011). Le CSHRN qui partage plus les valeurs libérales et démocratiques de l’Occident que les franges plus traditionnelles de la société civile afghane, doit son existence à l’aide internationale. Ce réseau a été fondé avec le financement de base de l’Agence danoise de développement international, DANIDA.
Le CSHRN est considéré comme participant à l’installation d’un environnement plus stable et plus démocratique en Afghanistan à travers ses programmes radiophoniques visant à sensibiliser l'opinion publique aux pratiques de torture, en obtenant des fonds pour le Gouvernement afin qu’il soit en mesure d’établir son rapport sur la mise en œuvre de la Convention contre la torture, ou en accueillant des réunions de discussions sur les droits de l’homme. Les premiers pas sont en effet souvent les plus difficiles.
« Je suis absolument convaincu que ce sont ‘les petits ruisseaux qui font les grandes rivières’, » conclut Hassan Ali.
—Par Lori Brumat à Genève, traduction de Nicole Choisi

L’OMCT souhaite remercier la Fondation OAK, l’Union européenne et la République et Canton de Genève pour leur soutien. Son contenu relève de la seule responsabilité de l’OMCT et ne doit en aucun cas être interprété comme reflétant l’opinion des institutions la soutenant.



| Tweet |
Anglais
Français