8 décembre, Cotonou
(Bénin) – « Lorsque vous êtes né dans une
famille violente le premier héritage que vous ayez est celui de la
violence. » déclare Norbert Fanou Ako.
Ce militant, directeur de l’ONG Enfants solidaires d’Afrique et du monde
(ESAM), s’efforce de briser le cercle vicieux de la violence au Bénin. La violence
est profondément enracinée dans les mœurs. Elle commence dans le foyer familial
et à l’école sous forme de coups de fouet, de bastonnades, de gifles et autres
mauvais traitements couramment infligés aux enfants, avant de s’étendre aux
postes de police où, pour leur arracher des aveux, des jeunes soupçonnés de
délinquance sont passés à tabac.
Si le Bénin a ratifié le Protocole facultatif se
rapportant à la Convention contre la torture en 2006, sa législation pénale
n’inclut toujours pas le principe de l’interdiction absolue de la torture. Il
ne proscrit pas le recours à cette pratique comme justification de l'exécution
des ordres de la hiérarchie ni n’interdit l’utilisation d’aveux obtenus sous la
torture.
En 2007, lors du deuxième examen de la mise en œuvre de la Convention par le Bénin, le Comité des Nations Unies contre la torture a recommandé aux autorités de veiller à ce que « la législation interdisant les châtiments corporels soit strictement appliquée » au sein de la famille, des écoles et des institutions autres que l’école, et de mener « des campagnes de sensibilisation et d’éducation en ce sens ».
Pourtant, rien n’a beaucoup changé depuis, en particulier
pour les enfants en conflit avec la loi. Ceux-ci sont particulièrement
vulnérables, alors que l’État devrait leur appliquer des dispositions spéciales
afin de leur éviter des situations à risque et de protéger leur vie ainsi que
leur intégrité physique.
En 2011, le Sous-Comité pour la prévention de la torture, actuellement en visite dans le pays, a de nouveau appelé les autorités à prendre des mesures pour que : « les enfants ne soient pas placés en garde à vue, si ce n’est véritablement en dernier recours ; [qu’ils] ne soient pas détenus avec des adultes ; que leurs droits soient pleinement et clairement expliqués aux enfants d’une manière facilement compréhensible ; que la famille ou une personne de confiance soit immédiatement informée de la garde à vue de l’enfant concerné ; qu’aucun enfant ne soit soumis à un interrogatoire sans qu’un adulte de confiance soit présent ; et qu’aucune entrave ne soit appliquée à un enfant dans une cellule de garde à vue. »
Formé en gestion et ressources humaines, Norbert, 64 ans, essaie par le
biais de ce projet conjoint de ESAM et l’OMCT qui inclut des visites mensuelles
dans les prisons civiles, des formations et des rencontres avec les autorités, de
disséminer des informations sur la Convention contre la torture, les
recommandations du Sous-Comité pour la prévention de la torture et sur la
Convention relative aux droits de l'enfant à l’ensemble des acteurs qui
impliqués dans la justice pour mineurs — avocats, magistrats, policiers, chefs
de village et société civile.
« Tous doivent comprendre qu’il faut que les mineurs passent le moins
de temps possible en prison,» rappelle-t-il. « Il suffit de quelques
jours en prison pour marquer à jamais la vie d’un enfant ; c’est une bombe
à retardement pour la société. »
Si les juges protègent de plus en plus les mineurs béninois, grâce
notamment aux actions d'organisations telles que l’ESAM et l’OMCT, l’énorme
décalage qui existe encore entre les droits de l’enfant et leur mise en œuvre
est, à son avis, dû essentiellement aux négligences de l’État en la matière.
Si les échanges d’information, la formation et les campagnes de
mobilisation constituent le socle de la protection des droits de l'enfant,
Norbert estime que le dialogue entre les mineurs et leurs proches, lesquels ont
tendance à baisser les bras à leur égard trop facilement, constitue également
un facteur-clé du processus visant à mettre fin au recours permanent à la
violence dans le pays.
Il rappelle qu'il incombe à l'État de prendre des sanctions efficaces à
l’encontre des tortionnaires, de lutter contre la corruption et, plus important
encore, de résoudre le problème fondamental du développement économique et
social du pays, faute de quoi les jeunes continueront d’aller en prison. Selon
l’UNICEF, plus de 47 % de la population du Bénin se trouvait en dessous du seuil
de pauvreté fixé à 1,25 dollar américain par jour entre 2007 et 2011.
Norbert conclut : « Quand on vit dans le dénuement total – car
dans les États du Sud il y a toujours des enfants qui tendent la main – on
développe des stratégies de survie. Ces enfants se disent parfois : "Au
moins en prison, j’aurai droit à un repas". »
-- Par Lori Brumat à Genève, traduction Nicole Choisi.

L’OMCT souhaite remercier la Fondation OAK, l'Union européenne et la République et Canton de Genève pour leur soutien. Son contenu relève de la seule responsabilité de l’OMCT et ne doit en aucun cas être interprété comme reflétant l’opinion des institutions la soutenant.
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