Nizhny Novgorod (Fédération de Russie), 1er décembre – Olga Sadovskaya ne crie pas, elle ne brandit pas de pancartes dans les rues ni ne se plaint des menaces, des inscriptions injurieuses peintes régulièrement sur la clôture qui entoure sa maison.
Cette avocate de 36 ans, sobre et posée, qui pratique le yoga dans ses moments de loisirs, met ses compétences juridiques et sa rigueur intellectuelle au service de la réparation des exactions et de la lutte contre la torture dans son pays, la Russie, en en faisant en sorte qu’elle reste au sommet des préoccupations de l’Etat.
Directrice adjointe du Comité contre la torture, l’organisation lauréate du prix des droits de l'homme qui apporte une aide psychologique, sociale et juridique aux victimes, Olga se concentre sur l’aboutissement des affaires de sévices en s'appuyant sur des enquêtes approfondies, des rapports médicaux circonstanciés et des compétences juridiques.
« Tout
le monde devrait prêter attention à la torture car n'importe qui peut en devenir victime, » explique Olga. « Qu’elle soit tolérée ou
que sa pratique soit généralisée signifie que le système juridique de l’État ne
fonctionne pas correctement dans les cas dénoncés, mais également à tous les
niveaux. »
Il s’agit d’une épreuve de vérité. L’impunité est révélatrice d’un dysfonctionnement du système juridique. « Rien ne garantit la bonne application de la loi au quotidien dans diverses situations de la vie courante comme dans le cas d’une personne qui demande un crédit bancaire, saisit la justice pour obtenir réparation, doit faire protéger son enfant contre des actes de violence ou veiller à ce que sa mère bénéficie d’une anesthésie, » ajoute-t-elle.
Ce travail de longue haleine finit par payer. Au cours des 13 années passées au Comité, Olga et ses collègues ont présenté 84 plaintes à la Cour européenne des droits de l’homme, réussi à faire incarcérer plus de 100 agents de police condamnés pour torture, à obtenir l’indemnisation de leurs clients à hauteur de près 46 millions de roubles (soit 700 000 de dollars américains) et à sauver la vie de plusieurs personnes en les évacuant de la Tchétchénie.
L’avocate explique que son travail constitue un défi permanent compte tenu des efforts que déploie le Gouvernement russe pour mettre fin aux activités des organisations indépendantes de défense des droits de l'homme. Faute d’arguments étayés, le Gouvernement accuse le Comité, qui est en partie financé par des donateurs internationaux comme la plupart des ONG, d’être à la solde de l’étranger afin de l’empêcher de recevoir les fonds nécessaires à son fonctionnement.
Il s’agit d’une tactique couramment utilisée contre les militants des droits de l’homme. Plutôt que d’interdire une ONG, certains États bloquent l’accès aux financements extérieurs par une batterie de mesures restrictives, juridiques, administratives ou d’ordre pratique qui, étant moins évidentes, sont moins susceptibles d’être condamnées par la communauté internationale.
Même si le Comité risque de ne plus avoir de trésorerie d’ici trois mois, Olga s’investit dans les affaires dont elle est saisie, mue par une foi indéfectible que son travail vise à rétablir la confiance dans l’État.
- Par Lori Brumat à Genève, traduction de Nicole Choisi.
Cliquez ici pour en savoir plus sur notre
campagne "10 Décembre, 10 Défenseurs"
L’OMCT souhaite remercier la Fondation OAK, l'Union européenne et la République et Canton de Genève pour leur soutien. Son contenu relève de la seule responsabilité de l’OMCT et ne doit en aucun cas être interprété comme reflétant l’opinion des institutions la soutenant.



| Tweet |
Anglais
Français