| DRC_2015.06.15_Joint_PR_Français 9 pages / 299 KB |
Le gouvernement devrait également libérer d'autres activistes, membres
des partis d'opposition et autres personnes détenues uniquement en raison de
leurs opinions politiques ou pour avoir participé à des activités pacifiques,
et abandonner toute poursuite à leur encontre.
« Les autorités congolaises
devraient cesser de porter atteinte aux libertés d'expression et de réunion,
qui sont des droits humains fondamentaux protégés tant par la constitution
congolaise que par le droit international relatif aux droits humains », a
déclaré Ida Sawyer, chercheuse senior sur l'Afrique à Human Rights Watch. « Les membres de Filimbi et d'autres organisations
devraient être autorisés à tenir des ateliers sur le processus démocratique
sans crainte d'être arrêtés. »
Une « mission d'information » parlementaire, créée le 27 mars, pour
examiner la manière dont les services de sécurité de la RD Congo ont géré le
dossier Filimbi, n'a trouvé aucune preuve démontrant que les dirigeants de
Filimbi et les participants à l'atelier étaient impliqués dans la commission ou
la préparation d'actes terroristes ou d'autres crimes violents, selon son
rapport, dont les organisations signataires ont obtenu copie. Après un débat
sur le rapport tenue à huis clos au parlement les 12 et 13 juin, l’Assemblée
nationale de la RD Congo a recommandé une « solution politique » qui
permettrait la libération des deux activistes qui sont toujours en détention,
selon des membres du parlement qui ont assisté au débat.
Le 15 mars, l'Agence nationale de renseignement
(ANR) de la RD Congo a arrêté une trentaine d'activistes pro-démocratie et d'autres personnes lors d'un atelier de
Filimbi tenu dans la capitale, Kinshasa. Parmi les personnes arrêtées
figuraient des activistes sénégalais et
burkinabés, un diplomate américain, des journalistes congolais et étrangers, ainsi
que des activistes, des musiciens, des artistes et des logisticiens congolais.
Un autre activiste de Filimbi a été arrêté le 16
mars. D’autres personnes ayant des liens avec Filimbi, y compris un artiste
graphiste et des employés de Rawbank qui ont géré le compte bancaire de
Filimbi, ont été aussi arrêtées par l’ANR par la suite.
Les autorités ont remis en liberté la plupart de ces personnes lors de
la première semaine, mais deux d'entre elles demeurent en détention : Fred
Bauma, membre de La Lutte pour le Changement
(LUCHA), mouvement basé à Goma dans l'Est de la RD Congo, et Yves
Makwambala, webmaster et artiste graphiste.
Après avoir été détenu pendant plus de 40 jours par l’ANR sans charge et sans
accès à l’assistance juridique ou d’avoir été présentés devant une autorité
judiciaire compétente, Makwambala et Bauma ont été transférés au parquet,
respectivement le 24 avril et le 4 mai. Les deux jeunes sont actuellement
incarcérés dans la prison centrale de Kinshasa.
Makwambala et Bauma, ainsi que quatre autres leaders de Filimbi qui n’ont pas
été arrêtés, sont inculpés d'appartenance à une association formée dans le but
d’attenter aux personnes et aux biens ; d’avoir comploté contre la vie ou
contre la personne du Chef de l’Etat ; et d’avoir tenté de détruire ou de
changer le régime constitutionnel, ou d'avoir incité des personnes à s’armer
contre l’autorité de l’Etat. Les autorités ont aussi accusé Bauma d’avoir
troublé l'ordre public, et Makwambala d’avoir publiquement offensé le chef de
l’Etat. Ces chefs d’accusation semblent être basés sur des motifs politiques,
selon les organisations.
Lors d'une conférence de presse tenue le 18 mars, le ministre de la Communication,
Lambert Mende, a déclaré que les dirigeants de Filimbi préparaient des « activités terroristes » et une « insurrection violente ».
Les responsables judiciaires ont affirmé en privé à des activistes des droits
humains qu'aucun élément de preuve n'existe pour étayer les chefs d'accusation,
mais que ceux-ci faisaient partie d'un dossier qui leur avait été transmis par
des responsables des services de renseignement.
«Cela fait des mois que les
autorités congolaises maintiennent Fred Bauma et Yves Makwambala en détention,
sans aucun motif crédible », a déclaré Jean-Claude Katende, président national
de’l’Association Africaine de défense des Droits de l’Homme (ASADHO).
« Les
deux hommes devraient être libérés immédiatement et sans condition, et toutes
les poursuites à leur encontre devraient être abandonnées. Les autorités
judiciaires congolaises doivent affirmer leur indépendance et garantir la
protection des droits reconnus par la Constitution, les lois congolaises, ainsi
que les traités internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par la RD
Congo. »
Le rapport parlementaire – qui n’a relevé aucun élément de preuve d'activités
terroristes ou violents par les membres de Filimbi – a en outre omis d’aborder
la question des actes illégaux présumés commis par les services de
renseignement congolais. Parmi ces actes figurent le maintien en détention des
personnes arrêtées sans chef d'accusation pendant plus de 48 heures, ainsi que
le déni d’accès à une assistance juridique ou à la possibilité de comparaître
devant une autorité judiciaire compétente, droits qui sont pourtant garantis
par la constitution de la RD Congo.
Des responsables des services de renseignement ont confisqué les passeports et
d'autres matériels appartenant à certaines des personnes arrêtées après
l'atelier de Filimbi et ultérieurement libérées, et leur ont ordonné de se
présenter à l'agence de renseignement toutes les 48 heures. D'autres personnes
qui ont participé à l'atelier, mais n'ont pas été arrêtées, vivent depuis lors
dans la clandestinité par crainte d'être arrêtées. Dans certains cas, les
autorités ont perquisitionné illégalement leurs domiciles ou elles ont perdu
leur emploi pendant leur période de clandestinité.
À Goma, en mars et avril, les autorités ont arrêté, puis
ultérieurement remis en liberté, au moins 15 activistes du mouvement de
jeunesse de LUCHA, qui manifestaient pacifiquement pour réclamer la libération
de leurs collègues détenus à Kinshasa. Certains ont affirmé avoir été passés à
tabac ou torturés selon une technique s'apparentant au simulacre de noyade, par
des agents des services de renseignement et des policiers qui les avaient
arrêtés. Quatre d'entre eux ont été remis en liberté provisoire mais devront
répondre de l'accusation d'incitation à la désobéissance à l'autorité publique.
Le gouvernement congolais devrait mener une enquête, et poursuivre en justice
de manière appropriée les personnes responsables d’avoir violé les droits des
participants à l'atelier de Filimbi ainsi que des activistes de la LUCHA, ont
affirmé les organisations.
Les arrestations des membres de Filimbi, ainsi que d'autres activistes ayant
organisé des manifestations en leur soutien, ont eu lieu dans un contexte de
répression plus générale exercée à l'encontre de dirigeants de partis
politiques, d'activistes et d'autres personnes qui ont protesté contre les
tentatives qui permettraient au président congolais Joseph Kabila de se
maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats imposée par la
constitution, son second mandat se terminant fin 2016.
Les autorités congolaises devraient aussi libérer les autres activistes et les
dirigeants de partis politiques qui ont été mis en détention pour avoir
pacifiquement exprimé leurs opinions politiques ou pour avoir participé à des
manifestations pacifiques ou à d'autres activités non violentes, ont affirmé
les organisations de défense des droits humains. Le défenseur des droits
humains Christopher Ngoyi et les leaders politiques Cyrille Dowe, Jean-Claude
Muyambo, Jean-Bertrand Ewanga, Ernest Kyaviro et Vano Kalembe Kiboko sont tous détenus
depuis plus de quatre mois, dans certains cas sans inculpation et sans avoir
accès à leurs familles ou avocats, apparemment sur la base de motifs politiques.
« Les autorités congolaises – en
particulier les services de renseignement – ont procédé à des arrestations
illégales afin de réduire au silence toute voix dissidente, tout en portant
atteinte aux droits humains dans la période menant aux élections en 2016 »,
a conclu Sarah Jackson, Directrice régionale adjointe pour l’Afrique de l'Est,
de la Corne et des Grands Lacs auprès d’Amnesty International. « Les autorités devraient prendre d'urgence
des mesures pour mettre fin à la répression, et s'assurer du respect des
libertés d'expression et de réunion pacifique. »
Pour prendre connaissance du rapport de
mission parlementaire, veuillez suivre le lien:
https://drive.google.com/file/d/0B12VA69Nhd5nZjJmc0hhcFR4VDg/view?usp=sharing
Pour prendre connaissance de la réponse des dirigeants de Filimbi au rapport de
la mission parlementaire, veuillez suivre le lien:
https://drive.google.com/file/d/0B12VA69Nhd5naGRMMzhBczBUQnM/view?usp=sharing
Pour consulter un document sous forme de questions et réponses au sujet de
Filimbi créé par des organisations congolaises de défense des droits humains,
veuillez suivre le lien:
https://www.hrw.org/sites/default/files/related_material/questions%20and%20answers%20about%20filimbi_fr.pdf
Pour de plus amples informations, veuillez contacter:
À Kinshasa, pour ASADHO, Jean-Claude Katende
(français) : +243-81-17-29-908 (portable) ou jckatende@yahoo.fr.
À Goma, pour Synergies des Femmes, Justine Masika Bihamba (français):
+243-99-548-4965 (portable)
À Kinshasa, pour Human Rights Watch, Ida Sawyer (anglais, français) : +243-81-33-78-478 (portable); ou
+243-99-86-75-565 (portable); ou sawyeri@hrw.org.
À Nairobi, pour Amnesty
International, Mildred Ngesa (anglais, kiswahili,
français) : +254 732 495 215 ou mildred.ngesa@amnesty.org.
Signé par les organisations de défense des droits humains suivantes:
Organisations internationales
Organisations congolaises
| Tweet |