Djibouti: Libération de M. Omar Ali Ewado, membre fondateur de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH)

Nouvelles informations
DJI 001 / 0116 / OBS 004.3
Libération
Djibouti
16 février 2016
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits
de l’Homme, programme conjoint de la Fédération
internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de
l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de
nouvelles informations sur la situation suivante à
Djibouti.
Nouvelles informations :
L'Observatoire a été informé de sources fiables
de la libération de M. Omar Ali Ewado, membre
fondateur de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH).
Selon les informations reçues, le 14 février 2016, la Cour
d'Appel de Djibouti a prononcé la relaxe de M. Omar Ali Ewado,
déclarantque les éléments constitutifs qui avaient
servi à son incarcération n’étaient pas valables.
M. Ewado avait été condamné à trois mois de
prison ferme le 17 janvier 2016 pour « diffamation
publique » (article 425 du Code pénal) par le Tribunal
correctionnel de Djibouti.
Quelques semaines auparavant, il avait publié une liste de victimes
et de disparus lors d'un massacre perpétré par les forces
de l'ordre le 21 décembre 2015 à Balbala
[1].
L’Observatoire se félicite de la libération de M.
Ewado, et remercie toutes les personnes, institutions et organisations qui
se sont mobilisées en son faveur.
L’Observatoire appelle néanmoins les autorités
djiboutiennes à mettre un terme aux détentions et autres actes
de harcèlement, y compris judiciaire, à l'encontre des
défenseurs des droits de l'Homme dans le pays.
Rappel des faits :
Le 29 décembre 2015, M. Omar Ali Ewado a été
arrêté près de l’hôpital militaire
français Bouffard, où il était venu rencontrer un jeune
député de l’opposition hospitalisé. Peu
après son arrestation, il a été embarqué
à bord d'un véhicule de la Gendarmerie nationale et
conduit à la Section de recherche et de documentation (SRD) de la
Gendarmerie.
Le 30 décembre au matin, M. Ewado a été conduit par
des gendarmes armés à son domicile, où se situe
également son bureau, dans le cadre d'une perquisition. Des
documents et l’unité centrale de l’ordinateur de M. Ewado
ont été saisis.
Le 31 décembre, il a finalement été placé sous
mandat de dépôt à la prison centrale de Gabode.
Le 3 janvier 2016, M. Omar Ali Ewado a comparu devant la chambre
correctionnelle du Tribunal de première instance de Djibouti, qui a
renvoyé l'affaire au 10 janvier.
Lors de cette audience, M. Omar Ali Ewado a réfuté les
charges portées à son encontre. L'avocat
général a quant à lui requis 12 mois
d'emprisonnement ferme contre M. Ewado. Alors que le procès
aurait dû être ouvert au public, aucun proche de M. Ewado
n'avait pu accéder à la salle d'audience.
Le 17 janvier 2015, M. Omar Ali Ewado a été condamné
à trois mois de prison ferme pour « diffamation
publique » (article 425 du Code pénal) par le Tribunal
correctionnel de Djibouti.
Actions requises :
L’Observatoire vous prie d’intervenir auprès des
autorités de Djibouti et de leur demander de:
-
Garantir en toutes circonstances l'intégrité physique
et psychologique de M. Omar Ali Ewado, ainsi que de tous les
défenseurs des droits de l'Homme djiboutiens ;
-
Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris au
niveau judiciaire, à l’encontre de M. Omar Ali Ewado,ainsi
qu’à celle de tous les défenseurs des droits de
l’Homme à Djibouti, afin qu’ils puissent mener leurs
activités de défense des droits de l’Homme librement et
sans entrave ;
-
Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les
défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par
l’Assemblée générale des Nations unies le 9
décembre 1998, et plus particulièrement à :
- son article 1 qui dispose que “chacun a le droit, individuellement
ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la
réalisation des droits de l’Homme et des libertés
fondamentales aux niveaux national et international” ;
- son article 6(b), qui dispose que “chacun a le droit,
individuellement ou en association avec d’autres de publier,
communiquer à autrui ou diffuser librement des idées,
informations et connaissances su tous les droits de l’Homme et toutes
les libertés fondamentales” ;
- son article 12.2, qui dispose que “l’État prend
toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités
compétentes protègent toute personne, individuellement ou en
association avec d’autres, de toute violence, menace,
représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre
action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des
droits visés dans la [...] Déclaration” ;
-
Plus généralement, se conformer aux dispositions de la
Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments
régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme
ratifiés par Djibouti.
Adresses :
· Son Excellence
Ismail Omar Guelleh, Président de la République, Palais
Présidentiel, BP 6, Djibouti Ville, République de Djibouti.
Tel / Fax : 00 253 21 35 50 49 / 00 253 21 35 02 01.
· Monsieur Ali
Farah Assoweh, Ministre de la Justice, des affaires pénitentiaires et
musulmanes, chargé des droits de l’Homme, BP 12, Djibouti
Ville, République de Djibouti. Tel / Fax : 00 253 21 35 54 20
· M. Maki Omar
Abdoulkader, Procureur de la République, Tel / Fax : 00 253 21 35 69
90, Email :
likmik@caramail.com
· S.E. Mohamed Siad
Doualeh, Ambassadeur, Mission permanente de Djibouti auprès de
l’Office des Nations unies à Genève, 19 chemin Louis
Dunant, 1202 Genève, Suisse, Tel : +41 22 749 10 90, Fax : + 41
22 749 10 91, Email :
mission.djibouti@djibouti.ch
· Mr. Omar Abdi
Said, Ambassadeur de Djibouti auprès des Pays du Benelux et de
l'Union Européenne, 204 avenue F.D. Roosevelt, 1050 Bruxelles,
Belgique, Tel : +32 2 347 69 67, Fax : + 32 2 347 69 63 ; Email :
ambdjib@yahoo.be
Prière d’écrire également aux
représentations diplomatiques de Djibouti dans vos pays
respectifs.
[1]
Le 21 décembre 2015, des civils ont été
victimes d'une répression sanglante par la police et
l'armée djiboutiennes lors d'une célébration
religieuse à Buldhuqo dans le quartier de Balbala, en
périphérie de Djibouti-ville. Au moins 27 personnes ont
été tuées et 150 blessées. Le même jour,
sept hauts représentants de l'Union pour le Salut National (USN,
coalition de partis d’opposition) ont été
attaqués par un raid de policiers.