Maroc: Nouvelle arrestation du journaliste Omar Radi
Paris-Genève, le 10 août 2020 – Le journaliste
Omar Radi, poursuivi depuis plus d’un mois dans une affaire d’espionnage
présumé et visé par une plainte pour viol, a été arrêté et placé en détention
le 29 juillet 2020. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits
de l’Homme (FIDH-OMCT) s’inquiète de cette nouvelle arrestation qui s’inscrit
dans un contexte de harcèlement judiciaire continu et prolongé contre M. Radi
de la part des autorités marocaines.
Le 29 juillet 2020,
après avoir été interrogé une nouvelle fois par la Brigade nationale de la
police judiciaire (BNPJ), le journaliste Omar Radi a été arrêté et placé
en détention
pour « réception de fonds étrangers dans le but
de porter atteinte à la sécurité intérieure de l’État », et
« viol ». Il a ensuite été transféré à la prison d’Oukacha, à
Casablanca. La première audience devant le juge
d’instruction est prévue pour le 22 septembre 2020.Depuis le 25 juin 2020, le journaliste a été
convoqué à une dizaine d’interrogatoires par la BNPJ dans le cadre d’une
enquête pour espionnage présumé. Il est soupçonné d’être impliqué « dans
une affaire d’obtention de financements de l’étranger, en relation avec des
services de renseignement », selon le Procureur du roi du Maroc près la
Cour d’appel de Casablanca.Par ailleurs, l’arrestation de M. Omar Radi
fait suite à une plainte pour viol déposée à son encontre auprès de la
Gendarmerie royale de Casablanca pour des faits s’étant produit dans la nuit du
12 au 13 juillet 2020.La temporalité de la plainte pour viol déposée
contre le journaliste interroge. Le contexte marocain où plusieurs voix
critiques ont déjà subi des intimidations portant atteinte à leur vie privée
invite également à la prudence quant aux allégations portées contre M. Omar
Radi. S’il s’agissait d’une manipulation visant à faire taire ce journaliste,
cela constituerait une nouvelle étape très inquiétante pour la liberté d’expression
et la défense des droits humains au Maroc.Une telle instrumentalisation de la lutte
contre le viol et les autres formes de violences sexuelles pourrait s’avérer
extrêmement dangereuse pour les femmes survivantes de violences, dont la parole
est très souvent mise en doute. La parole des femmes doit être entendue et des
sanctions doivent être prises contre les auteurs de violences sexuelles et
sexistes après des enquêtes détaillées et indépendantes.« S’il est indiscutable que toute accusation de viol doit faire
l’objet d’une enquête rigoureuse et impartiale, le dépôt d’une plainte pour
viol contre M. Radi alors que ce dernier est harcelé depuis des mois par les
autorités marocaines pousse à s’interroger quant à la possibilité que cette
accusation soit fausse et destinée à décrédibiliser un peu plus le journaliste
» a déclaré Alice Mogwe, présidente de la FIDH. « Nous appelons à une
enquête approfondie, indépendante, transparente et équitable sur cette affaire
», a-t-elle ajouté.Omar Radi a fait l’objet
de quatre procédures judiciaires depuis le mois de décembre 2019. Outre les
deux procédures en cours susmentionnées, le journaliste a été placé en
détention provisoire du 26 au 31 décembre 2019 puis condamné le 17 mars 2020
par le Tribunal de première instance d’Aïn Sebaâ à Casablanca à quatre mois de
prison avec sursis et à une amende de 500 Dirhams marocains (environ 47 Euros)
pour « outrage à magistrat » en raison d’un tweet publié en avril
2019 critiquant le juge Lahcen Tolfi, qui a condamné à de lourdes peines les
dirigeants du Hirak du Rif.Plus récemment, le
5 juillet 2020, Omar Radi a été arrêté avec son collègue Imad Stitou alors
qu’ils sortaient d’un bar. Accusés d’avoir agressé un cameraman de ChoufTV,
un site d’information réputé proche du pouvoir marocain, ils ont passé la nuit
en garde à vue avant d’être présentés au Procureur du Roi le lendemain. Le
jour-même, ils ont comparu devant le Tribunal d’Aïn Sebaâ, à Casablanca, qui a
ordonné leur libération et a renvoyé au 24 septembre 2020 leur procès pour
« ébriété sur la voie publique », « injure » et
« avoir filmé quelqu’un sans son consentement », assorti de
« violence » pour Omar Radi.« Le pouvoir
marocain s’acharne depuis des mois sur Omar Radi pour essayer de le museler.
S’il s’avère que l‘accusation de viol pesant contre lui relève d’un coup monté
de la part des autorités, cela serait extrêmement grave. À la fois d’un point
de vue juridique mais également éthique, politique et sociétal : les
droits des femmes et la cause féministe ne devraient jamais être
instrumentalisés dans le but de faire taire les défenseurs des droits humains
et les opposants au pouvoir » a conclu Gerald Staberock,
secrétaire général de l’OMCT.L’Observatoire, partenariat de la FIDH et de
l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a vocation à protéger les
défenseurs des droits humains victimes de violations et à leur apporter une
aide aussi concrète que possible. L’OMCT et la FIDH sont membres de
ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des
droits humains mis en œuvre par la société civile internationale.
Pour plus d'informations, merci de contacter :
- FIDH : Eva Canan : +33 6 48 05 91 57
/ ecanan@fidh.org
- OMCT : Iolanda Jacquemet: +41 79 539 41 06 /
ij@omct.org