Niger: Verdict attendu pour une journaliste poursuivie au Niger, un cas révélateur d’une tendance liberticide
Paris-Genève, le 27 juillet 2020 – Le verdict du
procès de la journaliste emprisonnée Samira Sabou sera rendu ce mardi 28
juillet 2020 par le Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey.
Situation ubuesque : cette journaliste est poursuivie pour diffamation par
le fils du président du Niger pour des propos qu’elle n’a pas tenus.
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme
(FIDH-OMCT) dénonce ce harcèlement judiciaire et appelle les autorités
nigériennes à acquitter et libérer la journaliste.Samira Sabou,
emprisonnée depuis son arrestation le 11 juin 2020, reste incarcérée en
détention préventive à la prison civile de Niamey dans l’attente du verdict de
son procès. Mme Sabou est poursuivie pour diffamation au titre de l'article 29
de la loi sur la cybercriminalité du 25 juin 2019 et risque jusqu’à trois ans
de prison et une amende de cinq millions de francs CFA (environ 7 620 euros)
suite à une plainte déposée contre elle par Sani
« Abba » Mahamadou Issoufou, le fils et directeur adjoint du cabinet
du président de la République du Niger.M. Issoufou a
décidé de porter plainte contre la journaliste pour un commentaire posté par
une personne tierce sous une publication Facebook de Samira Sabou en date du 26
mai 2020, dans laquelle elle faisait référence à un audit du Ministère de la
Défense faisant état d’une surfacturation et de détournements de fonds lors de
l'achat de matériel militaire. Le résultat du procès contre Mme Sabou pourrait
engendrer des conséquences sans précédent pour les journalistes et les
défenseurs des droits humains au Niger qui pourraient alors être tenus pour
responsables des propos de tierces personnes. Par ailleurs, son confrère M. Ali
Soumana, directeur de publication du journal Le
Courrier, a, quant à lui, passé deux jours en garde à vue mi-juillet pour avoir
écrit et diffusé un article relatif à la même affaire de détournement.« Les
poursuites à l’encontre de Mme Samira Sabou pour des propos tenus par une autre
personne n’ont aucun fondement juridique et doivent donc être immédiatement
abandonnées », a dénoncé Alice Mogwe, présidente de la FIDH.
« Le fait qu’elle et d’autres de ses confrères soient ciblés pour
leur travail journalistique est très inquiétant et en dit long sur l’état de la
liberté de la presse et de la liberté d’expression au Niger ».Lors de la première
audience de son procès qui s’est tenue le 14 juillet 2020, le Procureur de la
République a requis un mois et une semaine de prison ferme, et un million de
francs CFA (environ 1 524 euros) d’amende, à l’encontre de Mme Sabou. La partie
civile a par ailleurs demandé un dédommagement de cinq millions de francs CFA
(environ 7 620 euros). Le délibéré a été renvoyé au 28 juillet 2020.« Au-delà des journalistes, ce sont plus
généralement tous les défenseurs des droits humains qui voient leurs libertés
se restreindre au Niger. Pour ne citer qu’un exemple, Maikoul Zodi, Halidou
Mounkaila et Moussa Moudy sont toujours détenus pour avoir participé à une
manifestation anti-corruption. Nous appelons à leur libération, ainsi qu’à
celle de Samira Sabou et de tous les défenseurs des droits humains
arbitrairement détenus au Niger »,
a conclu Gerald Staberock, secrétaire
général de l’OMCT.
L’Observatoire, partenariat de la FIDH et de
l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a vocation à protéger les
défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une
aide aussi concrète que possible. L’OMCT et la FIDH sont membres de
ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des
droits de l’Homme mis en œuvre par la société civile internationale.
Pour plus d'informations, merci de contacter :
- FIDH : Eva Canan : +33 1 43 55 25 18
- OMCT : Iolanda Jacquemet: +41 22 809 49 39